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Portrait d'auteur

Melissa Da Costa — l'auteure qui touche juste

Elle ecrit des histoires qui font du bien sans jamais etre naises — et c'est beaucoup plus rare qu'on ne le croit
Portrait · 5 min de lecture
★★★★★
Melissa Da Costa

Je me souviens exactement ou j'etais quand j'ai commence Tout le bleu du ciel. Assise dans un train, en fin d'apres-midi, la lumiere qui dorait les vitres. Et je me souviens de ne pas pouvoir m'arreter. Melissa Da Costa a cette qualite rare : elle ecrit des romans qui vous happent sans artifice, sans coups de theatre, juste par la force tranquille d'une ecriture qui sait tenir ses personnages avec tendresse et verite.

Melissa Da Costa est nee en 1990 dans la Loire. Elle publie son premier roman en 2020, Tout le bleu du ciel, apres l'avoir autoedite. Le livre devient viral sur les reseaux sociaux, notamment BookTok et Bookstagram, avant d'etre repris par Albin Michel. Succes fulgurant : des centaines de milliers d'exemplaires vendus, une place confirmee parmi les autrices les plus lues de France. Mais contrairement a ce que ce parcours pourrait laisser croire, ce n'est pas une auteure qui ecrit pour plaire. C'est une auteure qui ecrit ce qu'elle a besoin d'ecrire — et ca se sent.

Je n'ecris pas des histoires heureuses. J'ecris des histoires vraies, et parfois la verite est lumineuse.

Tout le bleu du ciel raconte l'histoire d'Emile, trente et un ans, atteint d'un Alzheimer precoce, qui decide de partir en van avec une inconnue avant de perdre sa memoire. C'est un roman sur le temps qui file, sur ce qu'on choisit de vivre quand il ne reste plus beaucoup de choix. On pourrait craindre le larmoyant. Il n'y en a pas. Da Costa n'est pas dans le pathos — elle est dans la lumiere, et c'est beaucoup plus difficile a tenir.

Ce qui me fascine chez cette auteure, c'est sa capacite a ecrire des personnages qui souffrent sans jamais les apitoyer. Ses protagonistes ont de la grace — pas la grace des gens parfaits, mais celle des gens qui continuent malgre tout, qui rient encore, qui remarquent la couleur du ciel meme quand tout brule autour d'eux. Cette vision de la resilience n'est pas naïve. Elle est choisie, construite, et c'est ce qui la rend si puissante.

Avec Le Milieu de l'horizon, elle explore la campagne auvergnate, les secrets de famille, une enfance marquee par un ete particulier. Avec Les Amants du Paradis, elle part dans les Alpes. Ses romans ont toujours un rapport fort au paysage — la nature n'est pas un decor chez elle, elle est presque un personnage a part entiere, qui respire et qui influe sur les etres.

La nature ne juge pas. C'est pour ca qu'on s'y refugie — et c'est pour ca qu'elle guerit.

On lui reproche parfois d'etre trop "feel-good", trop accessible, trop lue par les masses pour etre prise au serieux. C'est une critique que je comprends et que je rejette. La litterature populaire au sens noble du terme — celle qui touche des centaines de milliers de lecteurs parce qu'elle parle de quelque chose d'universel avec honnetet é — n'est pas une litterature inferieure. C'est souvent une litterature plus courageuse, parce qu'elle s'expose davantage.

Melissa Da Costa ecrit sur la mort, la perte, la maladie, le deuil. Elle ecrit sur des sujets lourds, avec une plume qui ne s'appesantit pas. Et ca, c'est une vraie maitrise. Pas tout le monde peut ecrire sur la fin de vie et vous laisser avec envie de vivre. Elle, oui.

La note de JadeCommencez par Tout le bleu du ciel — c'est le roman qui m'a convaincue, et il a cette qualite des grandes histoires simples : il vous reste longtemps apres la derniere page. Melissa Da Costa est une auteure qu'on a envie de defendre, parce qu'elle fait un travail serieux sur des sujets qu'on croit faciles.
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