Tout le bleu du ciel — Mélissa Da Costa

Ce roman aurait pu être une histoire sur la maladie, sur la mort qui approche, sur la tristesse d'une vie écourtée. Il n'est rien de tout cela — ou plutôt, il est tout cela et son exact contraire en même temps. C'est un roman sur la vie, sur ce qu'on choisit d'en faire quand le temps se raccourcit, sur cette obstination tranquille à regarder le ciel même quand on sait qu'on ne le verra plus longtemps.
Émile a vingt-six ans et un diagnostic d'Alzheimer précoce. Il lui reste peu de temps avant que la maladie ne prenne tout. Alors il décide de partir — dans un vieux van, à travers la France et les Pyrénées, avec une inconnue qui répond à son annonce. Joanne monte dans le van. Elle a ses propres raisons de fuir. Et tout commence. Deux personnages que rien ne prédestinait à se rencontrer, qui apprennent à se faire confiance à travers les paysages, les silences et les conversations de nuit.
Ce roman ne romanticise pas la maladie. Il ne fait pas semblant qu'elle est belle ou que la souffrance a du sens. Il dit simplement : voilà ce qui nous reste, et c'est énorme.
Ce que Da Costa réussit avec une économie de moyens remarquable, c'est de ne jamais apitoyer le lecteur. Émile n'est pas un personnage tragique — il est vivant, drôle, têtu, profondément humain. Et Joanne, au début si fermée, s'ouvre progressivement à quelque chose qu'elle avait décidé de ne plus risquer. La rencontre entre ces deux-là est le cœur battant du roman.
La nature est omniprésente — les montagnes, les forêts, les routes de campagne. Da Costa les décrit avec une précision sensorielle qui fait du bien : on est là, dans le van, on sent l'air froid du matin, on voit les sommets des Pyrénées au lever du soleil. Et dans ces paysages, la petitesse de nos peurs et la grandeur de ce qu'on peut encore choisir.
Ce roman a touché des centaines de milliers de lecteurs parce qu'il dit quelque chose d'universel sur la peur de manquer de temps, sur l'envie de tout mettre dans les derniers jours, et sur la découverte que ce qu'on cherchait n'était pas si loin. C'est la définition du livre qui fait du bien — sans jamais mentir sur ce que la vie coûte.