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Chronique littéraire

Son odeur après la pluie — Cédric Sapin-Defour

Stock · 2023 · Prix Renaudot de l'essai
4 octobre 2023 · 3 min de lecture
★★★★★
4,9 / 5
Son odeur après la pluie — Cédric Sapin-Defour

Il y a des deuils qu'on n'a pas le droit de vivre trop fort. Le deuil d'un animal en fait partie — on vous regarde avec bienveillance, on vous accorde quelques jours, et puis on s'attend à ce que la vie reprenne normalement. Comme si perdre un chien n'était pas perdre une présence quotidienne, un regard, une façon d'habiter l'espace. Comme si ça ne méritait pas d'être dit vraiment.

Cédric Sapin-Defour dit vraiment. Ubac était son chien, un labrador noir, et il est mort. Ce livre est la traversée de ce deuil — pas la façon de le surmonter, mais la façon de le traverser, de l'habiter, de le comprendre. L'auteur écrit sans honte, sans ironie distanciatrice, sans s'excuser d'avoir aimé autant un animal. Et dans cette absence de honte, il touche quelque chose d'essentiel sur ce que nous cachons de nos attachements les plus intimes.

Ce livre est une réhabilitation de tous les deuils qu'on minimise. Il dit : cette douleur est réelle, elle mérite d'être nommée, et ceux qui l'ont vécue n'ont pas à s'en excuser.

Ce qui m'a frappée dans l'écriture de Sapin-Defour, c'est la précision. Il ne s'égare pas dans la généralité — il parle d'Ubac, de ce chien précis, de ses habitudes particulières, de l'odeur qu'il avait après la pluie. Et c'est cette précision qui universalise. On reconnaît dans la description d'Ubac tous les animaux qu'on a aimés et perdus. On reconnaît cette façon d'une présence de structurer le temps, de donner un sens aux gestes quotidiens, de rendre l'espace habitable.

La langue est belle, précise, sensible sans être sentimentale. On sent un homme qui écrit pour comprendre, pas pour séduire. Pour faire le tour de quelque chose qui lui échappe encore. Et cette sincérité rend le livre universel — même pour ceux qui n'ont jamais eu de chien. Parce qu'au fond, ce livre parle de ce qu'on perd quand on perd ce qu'on aimait sans le savoir assez.

La note de JadeUn texte rare et courageux sur un deuil qu'on n'autorise pas assez. Prix Renaudot de l'essai mérité. À offrir à tous ceux qui ont aimé et perdu.
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