Veiller sur elle — Jean-Baptiste Andrea

J'avoue avoir souvent du mal à me passionner pour les romans récompensés par le Prix Goncourt. À quelques exceptions près — L'Amant de Marguerite Duras, Proust — je trouve souvent ces œuvres un peu froides, construites pour plaire aux jurys plutôt qu'aux lecteurs. Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea a été une révélation, et une exception notable à cette tendance. Un Goncourt qui mérite vraiment sa récompense.
Le récit s'ouvre en 1985 avec Mimo, un homme atteint de nanisme, vivant ses derniers jours dans une abbaye. Il décide de raconter l'histoire de sa vie depuis sa naissance dans la pauvreté jusqu'à sa rencontre avec Viola, une femme de la haute société italienne. Leur amitié — marquée par une soif commune de liberté et de changement — traverse les turbulences historiques de l'Italie du XXe siècle, notamment la montée du fascisme. Et au centre de tout cela, une sculpture mystérieuse que Mimo veille jalousement, dont le secret irrigue tout le roman.
Ce roman est un véritable tour de force. La vie de Mimo, narrée avec une fluidité poétique, vous transporte du rire aux larmes — parfois dans la même page.
Ce qui m'a le plus frappée, c'est la profondeur de la relation entre Mimo et Viola. Deux êtres que tout sépare — le rang, la taille, l'argent, le genre — et qui se reconnaissent pourtant immédiatement. Andrea traite cette relation avec une pudeur et une subtilité remarquables. Rien n'est dit trop clairement, tout est suggéré, retenu. Et dans cette retenue, une émotion immense.
L'auteur nous plonge dans une Italie en mutation avec une maîtrise narrative impressionnante. Le fascisme, la guerre, la reconstruction — tout cela forme le décor dans lequel évoluent des personnages dont on finit par se sentir proches. Le parcours de Mimo, depuis son enfance difficile jusqu'à sa reconnaissance en tant que sculpteur, est un témoignage poignant de la résilience humaine.
La langue d'Andrea est belle sans être clinquante — elle va droit, elle fait confiance à ses images, elle ne cherche pas à éblouir mais à toucher. Et elle touche. Certaines pages de ce roman, je les revois encore des semaines après.
Si je cherche un défaut, il me faudrait chercher longtemps. Peut-être la longueur du roman qui pourrait désarçonner certains lecteurs pressés — mais c'est précisément dans cette durée que réside sa force. On vit avec Mimo, on vieillit avec lui, on attend avec lui.