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Chronique littéraire

Jacaranda — Gaël Faye

Prix Renaudot 2024 · Grasset
15 septembre 2024  ·  4 min
★★★★★
4,8 / 5
Jacaranda – Gaël Faye

Après Petit pays, on attendait Faye avec une curiosité mêlée d'exigence. Ce deuxième roman confirme : il n'est pas un auteur d'un seul livre. Jacaranda est différent de ce qui a précédé — plus retenu, plus adulte, portant en lui une douleur qu'on sent maîtrisée de haute lutte.

Milan, jeune homme franco-rwandais, grandit en France sans vraiment connaître l'histoire de sa famille. Sa mère, marquée par le génocide des Tutsi en 1994, préfère le silence. C'est en découvrant à la télévision les images de ces événements que Milan décide de partir au Rwanda — pour comprendre, pour recoller ce qui a été brisé avant même qu'il naisse. Au fil de ses séjours, sous l'ombre d'un jacaranda, il reconstruit l'histoire de sa famille et de son pays.

Le lien entre Milan et sa mère est d'une vérité désarmante — la difficulté d'un enfant à comprendre les silences d'un parent, à aimer ce qu'il ne peut pas saisir.

Faye n'écrit pas sur le génocide comme on rédige un devoir de mémoire. Il l'approche par le biais d'une quête intime, personnelle, hésitante. On sent qu'il sait de quoi il parle — pas parce qu'il l'explique, mais parce que les personnages sonnent juste, même dans leurs contradictions. La réconciliation, ici, n'est pas un acquis. C'est un chemin qui fait mal, qu'on emprunte sans savoir s'il mène quelque part.

La prose est fluide, lumineuse par moments, pesante à d'autres. Faye alterne les tonalités avec une maîtrise qui rappelle ses meilleures chansons — cette façon de dire les choses graves avec des mots qui semblent légers, jusqu'à ce qu'ils restent.

La note de JadeUn roman juste, profond, nécessaire. Gaël Faye confirme qu'il est l'une des voix les plus importantes de sa génération — et ce jacaranda-là, on ne l'oublie pas de sitôt.
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