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La Maison vide – Laurent Mauvignier

  • Photo du rédacteur: Lespagesdejade
    Lespagesdejade
  • il y a 21 heures
  • 4 min de lecture

📖 Titre : La Maison vide

🖋 Auteur : Laurent Mauvignier

📅 Année de parution : 2025

🏛 Éditeur : Les Éditions de Minuit

📚 Genre : Roman contemporain

🌟 Mon évaluation : 4,9/5



Je suis ravie de vous retrouver pour cette nouvelle chronique, et aujourd’hui, nous allons explorer La Maison vide, le roman qui vient de remporter le prix Goncourt 2025. Cette œuvre de Laurent Mauvignier nous plonge dans l’univers silencieux d’une maison abandonnée, celle d’un père disparu, où chaque objet devient le gardien d’une mémoire familiale douloureuse. Dès les premières pages, j’ai été happée par cette atmosphère si particulière, où le silence parle plus fort que les mots, où l’absence devient une présence obsédante. C’est un roman qui demande qu’on ralentisse, qu’on accepte de se perdre dans ses méandres, et qui offre en retour une expérience de lecture profondément bouleversante




Il y a des livres qui se lisent. Et puis il y a ceux qu’on habite. La Maison vide, de Laurent Mauvignier, lauréat du prix Goncourt 2025, appartient à cette seconde catégorie. On n’y entre pas par effraction. On y glisse, presque malgré soi, attirée par une lumière trouble, une présence diffuse qui flotte dans l’air.


C’est toujours un exercice particulier que de lire un Goncourt. On s’y aventure avec une certaine curiosité, parfois teintée d’appréhension. J’avais lu et chroniqué les deux précédents lauréats. Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea en 2023 avait été un véritable coup de cœur. Cette histoire d’amitié improbable entre un sculpteur et une petite fille m’avait bouleversée par sa grâce, sa délicatesse, la beauté de son écriture. Puis Houris de Kamel Daoud en 2024, dans un registre complètement différent, m’avait impressionnée par sa puissance narrative et son engagement politique autour de la tragédie algérienne. Avec La Maison vide, Mauvignier propose encore autre chose. Là où Andrea touchait par la tendresse, là où Daoud embrasait par l’urgence, Mauvignier, lui, creuse. Il choisit le silence, l’intériorité, la descente dans les strates d’une mémoire familiale. Un silence habité, pesant, qu’il ausculte avec une infinie patience.


Le roman nous plonge dans une maison abandonnée depuis des années, celle du père de l’auteur. C’est une maison qui porte en elle le poids d’un drame familial, un suicide dont on apprend l’existence dès les premières pages, sans explication, sans mots laissés derrière. Ce geste définitif n’est pas raconté, il est posé là, comme un fait brut autour duquel tout gravite. L’auteur revient dans cette maison vide pour interroger les silences, fouiller dans les objets abandonnés, une médaille de la Légion d’honneur, des photographies anciennes aux visages découpés, des traces ténues qui témoignent de vies passées. C’est une traversée de la France d’avant, au côté des femmes de plusieurs générations successives de la famille, dont on comprend progressivement que les blessures psychologiques se sont transmises des aïeules aux descendants.


Ce silence, transmis de génération en génération, semble avoir infiltré les murs comme une vapeur toxique, invisible et tenace, chargé de honte et de douleurs tues. Le solide ancrage des traditions n’a pas empêché le destin de chacun d’être bousculé, révélant au passage des qualités insoupçonnées chez les plus médiocres et des faiblesses inattendues chez les plus vertueux.


L’auteur procède par cercles concentriques. Il revient sur les lieux. Il observe. Il se souvient. Il devine. Rien n’est affirmé avec certitude. Tout est proposé comme une hypothèse, une intuition. Et c’est cette prudence, cette retenue, qui donne au livre sa force. Mauvignier ne prétend pas détenir la vérité. Il cherche simplement à approcher ce qui s’est passé, ce qui a été vécu, ce qui a manqué.


La langue est au cœur de ce dispositif. Le récit est servi par une écriture riche en métaphores et concordances qui convoque les cinq sens. Mauvignier écrit par vagues. Ses phrases sont longues, se ramifient, comme si le langage lui-même devait lutter contre l’effacement. Cette syntaxe sinueuse et enveloppante immerge la lectrice dans une atmosphère si finement suggérée qu’elle devient presque physique. On habite le texte, on s’y fond, on s’y perd, dans une dérive lente où chaque phrase devient chambre, chaque digression couloir, chaque silence porte entrouverte. Je me suis laissée porter. J’ai accepté de ralentir. Et peu à peu, une émotion sourde s’est mise à monter.


Ce qui m’a touchée, c’est cette manière qu’a l’auteur de ne jamais forcer le trait. Rien n’est révélé de manière spectaculaire, et pourtant tout s’éclaire avec justesse, par la finesse d’une écriture qui, sans jamais prétendre atteindre une vérité définitive, parvient à construire une version plausible, profondément humaine. Il en résulte une limpidité singulière, née de la sensibilité, de l’intuition psychologique et de l’imagination de l’auteur, qui, sans jamais combler les vides par des certitudes, les habite avec nuance et délicatesse.


On sent la présence des générations qui se sont succédé dans cette maison. On devine les blessures transmises, les non-dits accumulés, les rêves contrariés. Mauvignier ne juge personne. Il observe avec une forme de compassion discrète, presque invisible. Il montre des vies ordinaires, fragiles, imparfaites. Des vies comme les nôtres.


La lecture demande de l’attention. Pas parce que le livre serait hermétique, mais parce qu’il refuse le spectaculaire. Il faut accepter d’entrer dans son rythme, de se laisser imprégner par son atmosphère. C’est un roman qu’on lit lentement, comme on marche dans une maison vide en prenant soin de ne rien brusquer.


J’ai aimé cette expérience de lecture. Elle m’a rappelé que la littérature, parfois, n’a pas besoin de beaucoup raconter pour beaucoup dire. Que le silence peut être aussi éloquent que les mots. Que l’absence, quand elle est explorée avec cette finesse, devient une présence.


La Maison vide est un livre rare. Un livre qui prend son temps. Un livre qui ne cherche pas à plaire mais à toucher juste. Des trois derniers Goncourt que j’ai lus, c’est celui qui m’a le plus profondément habitée. Pour celles et ceux qui acceptent de se laisser guider par sa lenteur, par sa gravité douce, il offre quelque chose de précieux : un espace pour penser, pour ressentir, pour se souvenir.


Avec calme et gratitude,


Jade​​​​​​​​​​​​​​​​ ♥️😘

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À propos de moi

Jade, une passionnée de livres, et de voyages, partage sur son blog "Les Pages de Jade" ses chroniques littéraires pleines d'émotion, invitant les lecteurs à plonger dans un univers envoûtant où les mots prennent vie. Préparez-vous à être transporté dans un océan de découvertes littéraires et d'aventures enivrantes.

 

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