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Chronique littéraire

Houris — Kamel Daoud

Prix Goncourt 2024 · Gallimard
2 novembre 2024  ·  4 min
★★★★★
4,8 / 5
Houris – Kamel Daoud

Ce roman, je l'ai refermé sans pouvoir parler. Pas parce que j'étais triste — parce que j'avais reçu quelque chose et que je ne savais pas encore quoi en faire. Daoud donne la parole à ceux qu'on avait réduits au silence, avec une rage contenue, une douceur brutale qui reste longtemps après la dernière page.

L'héroïne de Houris porte sur son corps les traces d'une violence extrême subie pendant la décennie noire en Algérie. Laissée pour morte, privée de sa voix, elle s'adresse dans le silence à l'enfant qu'elle porte — une petite fille à qui elle confie les secrets de son passé, ses peurs, ses espoirs impossibles. Ce monologue intérieur est d'une beauté déchirante. Chaque mot semble arraché, pesé, nécessaire.

La mémoire, ici, n'est pas un refuge. C'est un acte de résistance — la seule façon de dire que ce qui s'est passé a bel et bien eu lieu.

Daoud écrit avec une précision chirurgicale sur les blessures collectives de l'Algérie — celles qu'on n'a pas le droit d'évoquer, celles que la loi du silence a recouvertes. Houris est un roman politiquement courageux, mais ce qui le rend grand c'est son intimité. Ce n'est pas un roman à thèse. C'est le portrait d'une femme qui cherche à survivre dans un corps et une histoire qui n'en finissent pas de la réclamer.

La langue est magnifique — lyrique par moments, sèche par d'autres, toujours juste. On sent que Daoud a écrit ce livre depuis un endroit nécessaire, presque vital. Et ça se lit.

La note de JadeUn Goncourt qui le mérite pleinement. Houris est un roman d'une puissance rare sur la mémoire, le droit à la parole et la dignité des corps blessés. À lire absolument.
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