Valerie Gaudart — l'art de raconter les invisibles
Il y a une categorie d'auteurs qu'on decouvre par hasard — un nom mentionne dans un commentaire, une couverture qui attire l'oeil dans une librairie, un algorithme qui suggere au bon moment. Valerie Gaudart est entree dans ma vie lectrice de cette facon-la : discretement, presque par effraction. Et comme tous les auteurs qu'on decouvre vraiment, elle y est restee.
Valerie Gaudart est une auteure francaise contemporaine dont l'oeuvre, encore confidentielle aupres du grand public, merite largement plus d'attention qu'elle n'en recoit. Elle ecrit sur les gens simples, sur les silences de famille, sur les vies qui se passent sans que personne ne les regarde vraiment. Et elle le fait avec une delicatesse qui n'est jamais de la mignardise — une delicatesse qui a du caractere, des angles, une vraie vision du monde.
Les vies ordinaires ne sont pas des vies moindres. Elles ont leurs abimes, leurs elans, leurs petites victoires qui valent bien les grandes. La litterature existe pour le rappeler.
Ce qui me touche dans son ecriture, c'est le sens du detail juste. Elle ne surdecrit pas, elle ne psychologise pas a outrance — elle choisit le geste, la phrase, l'objet qui revele tout d'un personnage. C'est un talent rare, celui de la precision economique : dire beaucoup avec peu, laisser de l'air, faire confiance au lecteur. On pense a la facon dont certains photographes capturent une lumiere fugitive — Gaudart fait pareil avec les mots.
Ses personnages sont souvent des femmes — des femmes qui portent des choses sans le montrer, qui avancent dans des circonstances qui ne les ont pas epargnees, qui trouvent dans les relations, dans le travail, dans les paysages, des ressources insoupconnees. Elle ne les heroïse pas. Elle les observe avec une affection lucide qui est, finalement, la forme d'amour la plus respectueuse.
Il y a dans ses romans une qualite d'attention au monde qui m'a rappele ce que la lecture peut faire de mieux : ralentir. Nous apprendre a regarder ce qu'on traverse trop vite. A entendre ce qui se dit entre les mots. Gaudart ecrit des romans qui demandent qu'on leur fasse confiance — des romans qui ne claquent pas les portes, qui ne crient pas, qui chuchotent des choses importantes.
J'ecris pour les gens qui pensent que leur vie ne ferait pas un bon roman. Pour leur montrer qu'ils ont tort.
Dans un paysage litteraire francais souvent domine par les grandes fresques historiques ou les romans a these tres construits, Gaudart occupe un espace particulier et precieux : celui du roman intimiste, du roman de la nuance, du roman qui ne cherche pas a impressionner mais a toucher. Et elle touche — avec une regularite et une honnetete qui forcent le respect.
Je recommande souvent ses livres aux gens qui me disent qu'ils ont du mal a accrocher a la litterature contemporaine francaise, qu'ils la trouvent trop froide, trop cerebrale, trop eloignee de ce qu'ils vivent. Avec Gaudart, ils trouvent quelque chose de different : de la chaleur sans facilite, de l'accessibilite sans condescendance. Une auteure qui prend ses lecteurs au serieux.