J.K. Rowling — celle qui a fait lire le monde
Il y a des auteurs qu'on ne peut pas reduire a une seule chose — ni a leur succes, ni a leurs controverses, ni a la ferveur de leurs lecteurs, ni a la colere de leurs detracteurs. J.K. Rowling est de ceux-la. Parler d'elle aujourd'hui exige de la nuance, de l'honneteté, et une capacite a tenir deux verites en meme temps : que Harry Potter a change la vie de millions de personnes — dont la mienne — et que l'auteure est devenue, avec les annees, une figure clivante sur des sujets qui depassent la litterature.
Joanne Rowling est nee en 1965 a Yate, en Angleterre. L'idee de Harry Potter lui vient en 1990 dans un train en retard entre Manchester et Londres — une histoire qu'on connait tous et qui a quelque chose de miraculeux dans sa simplicite. Elle ecrit les premiers chapitres dans des cafes d'Edimbourg, mere celibataire au RSA, refusee par douze editeurs avant que Bloomsbury ne lui donne une chance en 1997. Le premier tirage de Harry Potter a l'ecole des sorciers : cinq cents exemplaires. La suite, tout le monde la connait.
Je n'ai jamais ecrit pour les enfants. J'ai ecrit une histoire que je voulais lire. Le fait que des millions de personnes aient voulu la lire aussi reste le plus grand etonnement de ma vie.
Ce que Rowling a fait avec Harry Potter depasse la simple reussite editoriale. Elle a cree un univers — complet, coherent, habitable — qui a donne le gout de lire a une generation entiere. Des enfants qui n'ouvraient pas un livre se sont mis a devorer sept tomes de cinq cents pages. Des adultes ont redecouverte le plaisir de la fiction. Des langues ont ete apprises pour pouvoir lire les livres dans le texte original. C'est un phenomene de civilisation, pas juste un succes commercial.
Personnellement, Harry Potter m'a suivie toute mon enfance puis toute mon adolescence. J'ai grandi avec Harry, Hermione et Ron. J'ai attendu chaque tome avec une impatience fievruse. J'ai pleure a des moments que je ne revelera pas ici pour ne pas gacher la surprise a ceux qui ne les ont pas encore lus. Et cette experience de lecture — communautaire, generationnelle, intense — reste une des plus importantes de ma vie de lectrice.
Rowling est aussi auteure sous le pseudonyme de Robert Galbraith — une serie policiere avec le detective Cormoran Strike, solide, bien construite, qui montre une ecriture plus sombre et plus mature. Ces romans ont ete tres bien recus avant meme qu'on sache qui les avait ecrits — ce qui dit quelque chose sur la qualite de l'ecriture, independamment du nom sur la couverture.
Les livres qu'on a aimes dans l'enfance ont une facon de nous habiter qu'aucun autre livre n'aura jamais. Ils font partie de ce qu'on est.
Les prises de position de Rowling sur les questions trans au cours des dernieres annees ont provoque des debats intenses et douloureux, et ont eloigne d'elle une partie de sa communaute de lecteurs. Ce n'est pas le lieu ici de trancher ces debats — ils sont complexes, ils impliquent des droits et des dignites qui meritent mieux qu'un paragraphe de bilan. Ce que je peux dire, c'est que l'oeuvre et l'auteure sont deux choses, et que tenir cette distinction est parfois difficile mais toujours necessaire.
Harry Potter existe. Il a change des vies. Il continuera de le faire. Et Joanne Rowling, quoi qu'il arrive desormais, aura ete l'une des autrices les plus importantes de l'histoire de l'edition mondiale. C'est une verite qu'on peut tenir, meme quand d'autres verites sont plus compliquees.